
Ce matin-là, la route nous mène vers une ferme-refuge perdue entre les arbres et la brume, une ferme où vivent en liberté une douzaine d’éléphants. utrefois condamnés au travail de la terre et au déboisement, ils goûtent aujourd’hui au repos et au silence.Tous les jours à 10h, ils partent en ballade se nourrir dans la jungle voisine. La démarche de ce paysan est remarquable : avec ses guides, il accompagne des groupes dans la jungle. Deux éléphants; un en tête de file et l’autre en serre-file accompagnent chaque groupe pour le protéger des animaux sauvages. Il permet parfois à quelques groupes d’accompagner les éléphants lors de leur balade alimentaire du matin.
La caravane étant arrivée en retard, le paysan a laissé deux femelles sur place afin qu’elle puisse puisse les rencontrer.
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Nous installons le piano face à l’un d’entre eux, comme une improbable rencontre entre deux mondes. Marc s’assied, respire, et les caravaniers l’entourent, flûtes en main. Dès les premières notes, quelque chose se passe : l’air semble se densifier, le temps ralentit. Et soudain, dans un geste aussi doux que majestueux, un éléphant dépose sa trompe sur le clavier. Comme s’il voulait, lui aussi, participer, ou simplement dire "je suis là".


Les 2 femelles demeurent immobiles, incroyablement calmes, presque recueillies. Une paix profonde flotte au-dessus de nous. Marc s'élance même dans l'Ave Maria de Gounod que certains d'entre nous vont accompagner de la voix. La sérénité atteint son point d'orgue.
Puis, lors du dernier morceau, un miracle discret se produit : une larme roule doucement le long de la joue de l'éléphante. Le fermier nous murmure que la musique a touché son cœur, que jamais auparavant ces géants n’avaient entendu la moindre mélodie.

Encore habités par ce moment suspendu, nous reprenons le bus pour rejoindre le lodge où un déjeuner au bord de la rivière nous attend comme pour nous aider à redescendre doucement sur terre.
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L’après-midi, une nouvelle scène nous ouvre ses bras : l’école secondaire Kumarvarthi du village de Kolhuwa, au cœur du Teraï. Sur la façade, une inscription indique « 2024 », mais ici, le calendrier népalais nous projette en 2082 : l’école a donc près de soixante ans ! Le décalage ajoute à la sensation de voyage dans le temps.

Les professeurs nous accueillent avec une chaleur qui nous touche profondément. Les élèves, eux, débordent d’enthousiasme. Très vite, les regards s’illuminent, les échanges naissent, les sourires s’élargissent. Et lorsque la musique s’élève, la cour de l’école se transforme en une ronde géante, joyeuse, spontanée, où adultes et enfants se prennent la main comme si cela avait toujours été naturel.
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Un responsable de l’école conclut d’un discours vibrant, rendu encore plus fort par la sincérité de sa voix. Il célèbre la Caravane Amoureuse, son esprit, sa philosophie : celle qui relie les êtres, adoucit les frontières et rappelle que la musique peut toucher même les plus grands des géants.

Nous rentrons ensuite à l’ashram de Ramchandra, où les jeunes enfants nous offrent un magnifique répertoire de chants sacrés, accompagnés par Tara, le flûtiste népalais de la Caravane Amoureuse.
S’ensuit une méditation, guidée avec douceur et clarté par Ramchandra.
Enfin, après un dernier repas partagé en communauté dans la cour de l’ashram, nous nous quittons, émus, le cœur empli de souvenirs et d’émotions, comme enrichis d’une lumière nouvelle.
