Le vendredi 02 octobre - RANGIROA -

J14 -Vendredi 2 octobre

Mot du jour : Héré Moana = Océan d'amour

La traversée entre l’atoll d’Aratika et l’atoll de Rangiroa se fait toute la nuit. Soizic et Franck se relaye pour assurer les quarts. Vents et vagues nous poussent tranquillement vers notre objectif. Il est huit heures du matin et devant nous, toujours pas de terre à l’horizon, juste l’océan qui s’étend à l’infini… À peine avons-nous terminé notre petit-déjeuner que, vers neuf heures, Franck se met à chanter à tue-tête, accompagné par une musique des îles Marquises, dynamisante et énergisante. Pour attiser la pêche et convoquer le Mana (la chance en polynésien), nous lance-t-il tout excité. Heureux hasard ou synchronicité ? Toujours est-il que les deux cannes situées à l’arrière du catamaran qui font de la pêche à la traîne, se plient et se tendent pratiquement en même temps, indiquant que du gros a mordu aux leurres. Thon ? Espadon ? Ça mord ! Ça mord ! Hurle le capitaine complètement déchaîné.

J14-01-Peche aux thon

Deux équipes de deux aux cannes, vite ! Sonia et Franck se chargent de la canne de droite, Marc, en occurrence moi qui vous livre ces quelques lignes, et Stéphanie, nous nous occupons de la canne de gauche. Mon dieu, c’est que c’est drôlement physique cette affaire ! Le fil de nylon, la canne, tout est tendu à l’extrême, au bord de rompre. Et chacun de notre côté, nous moulinons pour ramener les poissons qui se défendent, tirant autant qu’ils peuvent pour se dégager. Le fil se déroule très vite et énergiquement, nous moulinons en sens inverse pour ramener l’animal vers nous qui, à force, commence à se fatiguer. Il nous faudra pas loin d’une heure trente pour les ramener à bord. Un véritable combat de patience et d’endurance. Accroché à la canne de droite, c’est un thon de 45 kg qui est monté. Une demie heure plus tard, c’est un thon de 65 kg qui est sur le catamaran. Franck, de main de maître, les tue puis les découpe l’un après l’autre. Avec son épouse Soizic, il dispose les énormes filets de chair dans des caisses plastiques qui seront rangées dans les frigos. Cette pêche miraculeuse a occupé une grande partie de la  matinée. Quand nous relevons les yeux pour regarder l’horizon, au loin nous distinguons une terre. C’est l’atoll de Rangiroa.

J14-02-Rangioroa

Il aura fallu environ vingt heures pour y arriver. La passe est devant nous, et même si le courant est sortant, le catamaran Funambule entre sans difficulté dans le lagon en s’engageant par le côté gauche de la passe dans le contre-courant. Les deux voiles se plient, l’ancre est jetée, le moteur s’arrête.

J14-03-Arrivée à Rangiroa

Graffity, arrivé bien avant, mouille à une centaine de mètres de nous. Toute la Caravane amoureuse est au complet.  La baie de l’atoll de Rangiroa s’étale devant nous, le lieu est touristique, célèbre pour ses spots de plongée et ses grands dauphins. Il y a du monde, une dizaine d’autres bateaux mouillent autour de nous. Des zodiacs remplit de plongeurs pour aller nager avec les dauphins passent au loin. Sur la plage, s’enchaînent restaurants, snacks, et magasins de location de combinaisons de plongée, palmes et masques… Plus loin à gauche, se distinguent des complexes hoteliers de charme et de haut standing : petites allées en bois menant à des paillottes sur pilotis, tout cela construit au-dessus de l’eau turquoise du lagon… Ce que je connaissais de la Polynésie à travers des photos vues dans des magasines ou sur internet est là devant moi sous mes yeux. Assurément c’est le nec plus ultra, mais je vous l’avoue ici, je préfère les atolls de Makemo, Aratika, Kauehi qui ont un charme que je ne retrouve pas ici. Quelques soient les artifices que la civilisation est capable d’apporter, rien ne dépasse le sauvage et le dépouillé. Le libre et l’authentique qui en découlent est sans prix.

Quoi qu’il en soit, cela fait du bien de se poser. La traversée fut longue et même si les vents nous ont été favorables, nous sommes éprouvés. En plus il est 14 heures et nous avons tous très faim.

 

Cet après-midi nous avons rendez-vous avec Paméla Carzon, une spécialiste des dauphins et baleines.

J14-04-Conférence Dauphin

Elle accepte de donner une conférence pour la Caravane amoureuse à 17 heures. Paméla est une femme d’une quarantaine d’années tonique et volontaire. Elle réalise sur cet atoll un travail exemplaire, en sensibilisant tout un chacun, plongeurs, moniteurs des centres de plongée et touristes à respecter à la fois les dauphins et l’environnement.

J14-06-Whales of the world

Munie d’un doctorat, autrices de nombreuses thèses et écrits sur les dauphins et baleines, cela fait plus de vingt ans qu’elle travaille sur les cétacés. Depuis une quizaine d’années, elle vit sur l’atoll de Rangiroa auprès des grands dauphins pour les étudier au plus près.

J14-07-Le grand dauphin

Quasiment tous les dauphins du monde sont curieux de l’être humain, n’hésitant pas à l’approcher pour jouer avec lui. Mais contrairement à la plupart des dauphins, les grands dauphins, les Tursiops Truncatus dans leurs jeux, vont plus loin encore, n’hésitant pas à chercher le contact. Le problème est que certains plongeurs vont trop loin, cherchant à les provoquer, dépassant du coup les règles de sécurité. Ces jeux en apparence anodins peuvent virer au drame.

J14-08-Noms des dauphins

Des plongeurs touchent les dauphins et pour certains dauphins, ce contact est apprécié. Mais pour d’autres, il peut être considéré comme très intrusif et le dauphin peut se montrer agressif. Par ailleurs, poser ses mains sur un dauphin peut donner des champignons qu’humains et dauphins se transmettent mutuellement.

J14-09-Comportements

Ne l’oublions pas, les grands dauphins sont avant tout des animaux sauvages et nous les envahissons dans leur espace de vie. À Rangiroa, lors de la haute saison touristique, de juillet à octobre, ce ne sont pas moins de 100 à 150 plongeurs qui viennent tous les jours les solliciter. Sans parler des multiples nuisances inhérentes à cela. Dans le lagon, les bruits des moteurs des gros bateaux qui partent et qui arrivent, le trafic incessant des zodiacs menant les plongeurs dans les différents spots, les taxis-waters, les jet-skis, sans parler des ondes électro-magnétiques qu’émettent tous ces bateaux avec leurs appareils, GPS, radio, wi-fi, etc. Tout cela cumulé, ce sont de véritables nuisances pour ces animaux.

J14-10-Dauphins sautants dans la passe

Confrontée à cette réalité, Paméla Carzon, voyant ses dauphins s’éloigner de plus en plus de l’atoll, parce que harcelés, certains mutilés par les hélices des bateaux, ne cessent de faire son travail de sensibilisation auprès des centres de plongée, demandant aux autorités locales d’éditer des arrêtés et des règles strictes concernant l’approche des dauphins. Évidemment pour certains responsables de centres de plongée, Paméla est les grain de sable dans leur business. Mais cette jeune femme reste ferme. Elle protège ses dauphins et tient courageusement son cap. La municipalité de Rangiroa l’écoute et est en train de mettre en place des mesures pour que les grands dauphins soient davantage respectés.

 


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