Le lundi 21 septembre - MAKEMO -

21 septembre 2026

 

  • Le décalage horaire est toujours à rattraper et cette première nuit sur le bateau est plus que salutaire. Nous nous réveillons tôt pour la plupart. Le jour pointe son nez vers cinq heures du matin. Tout est parfait ainsi. Les deux catamarans mouillent dans le lagon de l’atoll de Makemo. À dix heures trente nous partons avec les zodiacs rejoindre le village de Pouheva. Environ huit-cents cinquante habitants vivent sur ce petit atoll, large, sur deux kilomètres, de quatre à cinq-cent mètres et s’étire dans un mince filet coralien sur une longueur de 68 km. C’est évidemment sur la partie la plus large que le village s’est construit. Une seule épicerie alimente toute l’île. Nous visitons… En moins de cinq minutes, nous arrivons de l’autre côté… Un phare rouge et blanc veille fièrement face à l’océan Pacifique qui s’étend à l’infini devant nous. Cette vastitude nous impressionne. Au centre du village, deux églises. L’une est fermée pour réparation. Nous entrons dans la deuxième. Une acoustique magnifique nous invite à chanter. Des caravanières improvisent quelques mélopées mêlées de ferveur et de douceur. Ce temps de chants spontanés au bord du silence nous repose tous… En sortant nous discutons avec les ouvriers. Ils sont cinq et alors qu’ils ne nous ont jamais vu, ils nous proposent de partager leur repas. Nous échangeons… L’un deux à vécu 25 ans en France. Il me parle de Bordeaux et du Bordeaux bon à boire, et d’une grande dune de sable, la dune du Pyla. Puis il me raconte le drame des essais nucléaires à Mururoa. En vingt ans, 193 essais nucléaires ont été effectués. de 1966 à 1974 : 46 essais atmosphériques à Mururoa et Fangataufa, en Polynésie française, dont 5 expériences de sécurité (absence de réaction de fission nucléaire) ;

  • de 1975 à 1996 : 147 essais souterrains dans les sous-sols et sous les lagons des atolls de Moruroa et Fangataufa, dont 7 expériences de sécurité (absence de réaction de fission nucléaire) à Moruroa.

Depuis la signature en 1996 du Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (TICE), la France s'est engagée à ne plus jamais réaliser d'autres essais nucléaires. Depuis, les essais nucléaires sont effectués à l'aide de simulations et d'expériences de fissions ainsi que de fusions à très petite échelle.

Des tirs froids, explosions chimiques avec des matières radioactives, ont aussi été réalisés sur certains sites militaires et à Moruroa. Ils ne sont pas considérés comme des essais nucléaires.

Les dégâts sur l’environnement sont incalculables. Et sur le plan sanitaire c’est absolument tragique. Des cancers, des malformations congénitales, des maladies de peau, etc… Je sens dans sa voix un lourd ressentiment envers l’État français qui a commandité ces essais. « Et aucune réparation, rien, nous ne sommes pas écoutés », me dit-il, le ton remonté…

 

Mais revenons à la Caravane amoureuse. Nos « invasions » se veulent à l’opposé de tout cela. À 14h30, notre premier rendez-vous. Il se passe dans un collège. Une centaine d’enfants de la sixième à la troisième attendent la rencontre avec impatience. Nous installons le piano sous une sorte de préau métallique. À ma droite un ensemble d’une dizaine de jeunes musiciens avec leurs tambours, tauhérés et pahus, guitare et yukulélé. Et c’est par de la musique polynésienne que la rencontre débute. Très tonique, très vivante, l’air est saturé de rythmes endiablés qui font danser ensemble âmes et tripes. Sur tous les visages, il n’y a que de la joie. Et puis je commence un morceau mélodique très doux. Je sens que cette musique ne leur est pas habituelle. Mais les ados écoutent avec respect. Et puis j’invite un jeune élève à improviser avec moi. Même si personne n’ose venir, cela brise immédiatement le mur protocolaire qui s’était naturellement posé entre nous. Un jeune garçon lève la main timidement. Tous les autres élèves l’ovationnent… Encouragé ainsi, il ose sur le clavier quelques notes. Puis soudain son dos se voûte et d’un air de chien battu, il me regarde en me disant : Je n’y arrive pas, je ne sais rien faire, je veux m’en aller…

Alors je profite de cet instant pour partager à toute l’assistance ce qui m’anime depuis toujours : « Ce que tu es a de la valeur. Ce qui sort de toi à donc de la valeur. Il suffit juste de l’écouter. Joue tes notes et écoute-les vraiment au lieu de les juger ». Et sur ce, j’accompagne l’enfant, prenant son doigt que je fais jouer sur le clavier. « Appuie sur la pédale, comme ça le son va tenir et écoute-toi ! Et la magie, une fois de plus va opérer.

L’enfant a vite compris la consigne et fini par jouer seul en restant dans l’esprit initial. À ce moment-là, je l’accompagne avec ma main gauche en donnant pulsation et tonalité. J’invite l’un des joueurs de pahus à nous soutenir rythmiquement. Très vite « la sauce » prend et tous les enfants en joie, tapent dans les mains. Et l’après-midi va se passer ainsi avec des enfants qui, de plus en plus excités, lèvent la main pour jouer du piano avec moi. Et d’impro en impro passera un seul et unique message : il y a un trésor en toi, n’en doute pas, ose le faire jaillir et offre-le au monde sans rien attendre en retour…

 

Un peu plus tard dans l’après-midi, un autre rendez-vous est donné sur la place principale du village sous un autre préau qui a vue sur le lagon. Cette fois-ci c’est toute la poulation qui est conviée. Il faut le dire, il n’y aura pas foule. Une trentaine de personnes tout au plus est là mais très curieuse de ce qui va se passer. Beaucoup de femmes, des enfants et quelques hommes… Et là encore, après avoir joué, La danse des S’Èves, j’invite quelqu’un à me rejoindre. Les duos vont se succéder et chaque fois beaucoup d’émotions. Je ressens chez ces personnes une grande timidité, une peur de mal faire devant tout le monde… Le jugement est preignant, comme si c’est quelque chose que l’on avait posé sur eux qui ne leur appartenait pas et qui teintait de gris leur regard. Alors je me suis employé à décaper ce triste vernis pour les inviter à oser sans peur les fausses notes.

« Les fausses notes dans la vie sont inévitables, elles ne pas là pour être larmonisées, mais pour être harmonisées… » Et plus les gens osaient les notes, osaient se lâcher, plus la joie montaient dans cette petite assemblée, alors que dans le même temps, le soleil descendait se poser sur l’horizon… La soirée s’est terminée ainsi avec quelques boissons non-alcoolisées et des pizzas locales.

 


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